Premier contact avec l’enfance de Madagascar


Premier contact avec l’enfance de Madagascar

Voilà, c’est fait. L’immersion commence, les filles sont bel et bien arrivées à Madagascar.

Et ça va comme suit :

Après une très courte nuit à l’hôtel au centre d’Antananarivo (Tana, pour les intimes) en compagnie de quelques animaux exotiques (au grand plaisir de ces dames), j’accompagne le groupe au petit déjeuner qui a lieu au dernier étage de la tour. Rien de mieux qu’une vue panoramique pour digérer le décalage horaire. Malgré l’inconfort d’un sommeil écourté ou absent, nous sortons peu à peu de notre torpeur post-vol-depuis-le-bout-du-monde.

C’est surtout le début d’une grande amitié. Florence est là pour nous accueillir. Elle travaille pour le centre d’accueil Sandratra près de Tana (oui, on est intime!), à Ambohijanaka où les filles travailleront durant les prochains jours. C’est une amie du bout du monde de nos chères organisatrices et nous nous apprêtons à un coup de foudre nous aussi! Vous aussi, vous la rencontrerez souvent dans le récit de ce voyage coopératif, et ce, très possiblement en compagnie de ses deux petits amours, nos futurs BFF : Aron, 2 ans et Eric, 7 ans.

Je disais donc que Florence était venu accueillir les filles afin d’aller à la rencontre de Mme ANDRIAMAMPIANINA Rahelimalala Faranirina, coordonnatrice de l’Autorité Centrale de l’Adoption (Mme Fara, pour les intimes!) lors d’une réunion officielle au Ministère de la Population, de la Protection Sociale et de la Promotion de la Femme. Si la curiosité vous pousse à en apprendre toujours un peu plus, je vous invite à lire cet article plus que passionnant sur le comment du pourquoi les noms malgaches sont si longs! Si vous avez d’autres chats à fouetter, le linguiste Narivelo Rajaonarimanana vous le résume ainsi :  «le nom malgache n’est pas une étiquette. C’est un souhait, un destin, une parole qui contredit un mauvais destin, un souvenir du jour de naissance, une combinaison de noms de parents ou d’ancêtres». Comprendre les noms, c’est ouvrir une porte toute grande sur la culture de Madagascar et sur le culte de ses Ancêtres (on en jasera une autre fois de ces fameux Ancêtres!).

Je disais donc (oui ça va arriver souvent!!! Soyez indulgent!), que nous étions en route pour Tana, en compagnie de nos valeureux chauffeurs Théo et Louis et de la tout aussi merveilleuse Florence. On se colle à l’intérieur du petit autobus en compagnie de nos 30 valises avec qui nous commençons à entretenir une relation des plus intimes ! Et on se cramponne. Car oui, la signalisation routière étant presque inexistante à Madagascar, la navigation nécessite un certain goût du risque. Passé les premiers effrois, les filles comprennent rapidement que la conduite est un art savamment maitrisé par les Malgaches. Ne conduis pas qui veut et Théo, c’est le meilleur de tous! Ne reste plus qu’à se laisser emporter dans ce ballet routier orchestré au son des klaxons, en se faufilant entre les automobiles, les charrettes de zébus, les nids de poules (en souvenir de toi, chère Montréal), les vendeurs de marchandises attirés par notre autobus de vazaha (étranger) et les piétons.

Je disais donc (!!!) qu’en route vers leur rencontre au Ministère, les filles ont pu s’imprégner de la réalité malgache du centre-ville de Tana, une petite ville de 7 millions d’habitants….soit la population du Québec en entier! La ville est bruyante et polluée, les gens de tous les contextes économiques se côtoient sur la sphère publique cacophonique, entre les kiosques et les sans-abris. Les voitures circulent partout où l’espace le permet. Il y a du monde et ce monde est défavorisé. Mais ce charivari de couleurs et de dure réalité charme au premier instant. Les filles sont hypnotisées et complètement conquises par l’authenticité des gens. Elles reçoivent des sourires à faire craquer les cœurs les plus solides. Il faut dire qu’il est difficile de résister à leur enthousiasme contagieux! Elles feront partie de ce monde pour les 16 prochains jours. C’est le coup de foudre.

Mais les enfants sous-alimentés qui demandent de l’argent dans la rue, elles ne s’y habitueront pas. L’effet est dévastateur pour des éducatrices formées à accompagner les enfants dans leur développement. Quelques-unes craquent en fin de journée. Elles ne peuvent aider tout le monde, et leur donner de l’argent contribue à renforcer le problème. Ce qu’elles peuvent faire est minime, mais avec un sourire, un jeu ou une chanson, elles peuvent leur permettre de rester des enfants l’espace d’un instant. Un enfant, qu’il soit ici ou ailleurs, ça joue et ça, elles savent le faire!

Arrivée au Ministère (oui, c’est toujours l’objectif!), nous sommes accueillies dans le bureau de Mme Fara par Monsieur RASOLOFOMAMPIANDRA Ditraniaina Ange Chrysto (M. Ange pour les intimes). Sous le charme des 12 éducatrices, M. Ange entreprend une discussion sur sa grande passion : le basket (il connait les Raptor de Toronto). Et qui fait partie de notre groupuscule québécois? Quatre ou cinq joueuses de basket qui ont fait leurs preuves. J’ai besoin de vous faire un dessin pour la suite de la conversation ?

Mme Fara nous rejoint et nous remercie tout d’abord de notre coup de main dans leurs projets de développement de la petite enfance auprès des enfants des différents centres d’accueil du pays. Nous avons le plaisir d’apprendre qu’elle fera partie d’une délégation (avec Florence!!) pour venir étudier les pratiques dans les CPE québécois au mois d’août prochain. C’est tout un honneur! Elle nous présente ensuite leur projet pilote Carnet de vie permettant de retracer la vie des enfants, de leur entrée au centre jusqu’à leur adoption afin de permettre aux parents adoptifs de s’adapter à leur réalité et ainsi bien accompagner le développement de ces petits acteurs de demain. Il s’agit d’une première sur le continent africain et ils en sont fiers. Ce projet est d’autant plus formidable qu’il est participatif : les gens des trois centres ciblés pour le projet pilote participeront à l’élaboration du programme. C’était comme s’émerveiller devant une initiative collective pour réinventer le monde dans le film Demain, visionné dans l’avion quelques heures plus tôt. Je me sentais bien. Tout est encore possible.

Nous sommes ensuite allées dîner (déjeuner!) au restaurant en compagnie de Mme Fara et de Florence. Les éducatrices se sont faufilées (en file indienne) à travers la jungle urbaine avec plus ou moins d’appréhension devant la foule et les automobiles qui nous enserraient…pour se retrouver avec admiration dans le calme d’une petite terrasse digne du plateau ou de l’Ange Cornu (l’Assomption all the way!!). Le paradoxe est saisissant et elles le vivront plus d’une fois! Parce que les Malgaches veulent eux aussi leur part de fraicheur et de confort, plusieurs petits paradis urbains se développent un peu partout. Il suffit de jaser avec les gens pour les découvrir!

Ensuite, direction vers le centre Sandratra. Les filles sont collées à la fenêtre de l’autobus pour tout absorber! C’est le premier contact entre les éducatrices québécoises et les enfants malgaches et la directrice du centre, Mme Éléonore Ravaonala, accueille les filles à bras ouverts. C’est la maman de Florence et elle est tout aussi merveilleuse. C’est un gène, j’en suis certaine! Il n’y a pas de mots pour exprimer le ravissement des filles devant les petits du centre, encore tout endormis dans leurs petits lits. On en jasera plus tard, promis! Je ne peux malheureusement pas vous présenter les images avec les enfants (noooooooonnn!), car ceux-ci seront adoptés sous peu, mais l’expression des éducatrices vaut le détour.

Et après, on est allé se coucher. Juste ça…

Où a-t-on dormi et que feront-elles demain? Mystère!

Avez-vous hâte de lire la suite autant que moi?!