Jouer les touristes à Madagascar


Jouer les touristes à Madagascar

Nous sommes samedi matin, le 4 juin 2016. C’est la fin de semaine! Les filles ont deux jours pour jouer les touristes avant de tomber en amour avec le centre d’accueil où elles travailleront dès lundi (prochain article, promis!!). Oui, je lis l’avenir messieurs, dames! Attendez, vous verrez…

Donc, nous ferons du tourisme aujourd’hui.

Avant de bien démarrer la journée, Mme Éléonore (quel sourire n’est-ce pas?!), Florence et son beau Éric viennent discuter de la mission qu’elles donneront aux éducatrices dès lundi :

  1. Permettre aux nounous de ressentir toute l’importance et la noblesse de leur travail auprès des enfants. Les filles aiment tellement leur travail, qu’elles ne peuvent que leur transmettre leur passion de l’enfance!
  2. Impliquer les nounous avec les jeunes dîneurs de l’école primaire : proposer différents ateliers afin qu’ils puissent jouer spontanément de façon autonome à leur arrivée au centre.
  3. Proposer aux nounous différentes méthodes de stimulations, notamment concernant l’enfant présentant des difficultés motrices.
 Ensuite, les poches pleines de centaines de milliers d’ariarys (2500 ariarys vaut environ 1$ canadien), nous nous dirigeons vers le marché de la digue. Les filles dépensent allègrement, avec tel un enthousiasme que je les perds de vue rapidement! Bon, je vais photographier les enfants des marchands, d’abord! Ceux-ci jouent sagement tout près ou à distance de vue de leurs parents. Ils jouent aux automobiles, à de petits jeux de pierres aux règles nébuleuses ou tout simplement à câliner un proche. Pas de crise de bacon en vue.

Ici comme partout ailleurs, le jeu fait loi dans la tête des enfants, et ce, malgré les encombres de l’environnement immédiat. Le jeu et le plaisir de découvrir sont peut-être seulement moins épanouis étant donné les barrières rencontrées (le peu d’espace, la nécessité au calme et la présence d’étranger dans le cas du marché). Par contre, ces enfants deviennent intensément plus débrouillards et créatifs pour trouver des idées que mes propres marsouins qui, après 10 secondes d’inactivité, se plaignent de ne pas savoir quoi faire! Ça tombe bien, je suis avec 12 jeunes éducatrices qui ont pour mission de donner des ailes aux idées des enfants malgaches!

Pour vous donner une idée de l’ampleur de ce que les éducatrices apporteront aux enfants de Madagascar,  jouer permet de (selon Unicef) :

  • Favoriser l’épanouissement Les jeux et les loisirs permettent aux enfants de s’amuser, de s’exprimer et de créer. Ils contribuent à leur développement et à leur épanouissement et renforcent leur confiance en eux. En jouant, les enfants laissent libre cours à leur imagination. Rêver permet de développer leur créativité.
  • Rire et s’amuser – Pendant qu’ils jouent, les enfants expriment leurs émotions : leurs joies et leurs peurs aussi. Ils rient beaucoup en jouant. Le rire leur permet de se détendre et d’oublier un peu les soucis du quotidien (la pauvreté, la maladie, la guerre…).
  • Apprendre à vivre en sociétéEn jouant, on apprend les règles de la vie en société et à se faire des amis. Jouer entre amis permet d’apprendre à partager, à écouter les autres, à être solidaires, à être bons perdants aussi. Le sport rassemble et efface les différences.
  • Développer des capacités et des aptitudesEn jouant, les enfants apprennent à réfléchir quand ils ont des défis à relever, des indices à trouver… Ils mettent en place des tactiques et stratégies de jeu, et sollicitent ainsi des capacités cognitives (observer, écouter, mémoriser, se repérer dans l’espace et dans le temps, calculer, écrire, lire et colorier, gérer ses mouvements avec précision…) et des aptitudes physiques, pour grandir et bien se développer.
  • Assurer une meilleure intégration socialeLa pratique du sport permet de développer le sentiment d’appartenance et contribue à une meilleure intégration sociale. Pendant qu’ils font du sport, les jeunes qui vivent dans les rues retrouvent une structure où ils peuvent engager un dialogue et s’appuyer sur un modèle en la personne de l’entraîneur.
  • Redonner l’espoirDans les situations d’urgence (guerres et catastrophes naturelles), les enfants sont les plus vulnérables : ils sont apeurés et parfois traumatisés par ce qu’ils ont vu. Le sport, les loisirs et le jeu, comme l’école, permettent alors de soulager leurs souffrances. Ils redonnent aux enfants et aux jeunes de l’espoir et le sentiment d’un retour à une vie normale.

Rien de moins!

Mais revenons à nos moutons… notre fin de semaine touristique! Nous sommes ensuite partis faire un bain de foule au centre-ville, histoire de découvrir ce coin de pays et de nous nourrir au supermarché.

Le contraste est saisissant. Un moment nous frayons notre chemin dans la foule compacte et désorganisée de la rue jonchée de déchets. L’instant d’après, nous nous retrouvons dans un supermarché avec une propreté standardisée à l’occidentale.

En 3 secondes, nous passons d’un pays en voie de développement aux normes de confort occidentales. Nous y découvrons… la classe moyenne. Contrairement au reste de l’Afrique, la classe moyenne malgache peine à s’épanouir, particulièrement dû à l’absence de gouvernement de 2009 à 2014 (la Banque Mondiale ne prête pas d’argent s’il n’y a personne pour gouverner le pays) et à la corruption politique. Mais certains vivent plutôt bien et, avec l’accès démocratisé d’internet, il est clair que nous vivons sur la même planète! Je suis tombé en amour avec ce blogue d’un papa malgache dans la trentaine représentant bien la situation actuelle. C’est humain et vivant et surtout très intéressant à lire! Voici le lien vers son article Nous sommes la classe moyenne de Madagascar.

Les filles, quant à elles, sont affamées et se sentent un peu plus vulnérables, à l’extérieur de notre autobus protégé des imprévus par nos accompagnateurs et chauffeurs Louis et Théo. Dans la foule hétérogène provenant de tous les contextes économiques et de 18 cultures malgaches différentes, nous passons PRESQUE inaperçues, car même si la foule est compacte, nous restons tout de même très très blanches. Moi je me promènerais bien seule, car nous ne ressentons aucune hostilité (et vous comprendrez que je vis dans un monde de dauphins et de licornes), mais je ne dois même pas sortir mon appareil photo. Ordre de Louis. Ça me démange!!!

Nous revenons ensuite à notre maison. Oui, je vous avais promis de vous en parler! Nous vivons donc dans une hutte en paille….Mais non! Il s’agit d’une très grande maison d’hôte tenue par une Malgache et son mari français. Cela se traduit par des repas quatre services, le lavage de nos vêtements, le confort de deux grandes maisons, des toilettes, une piscine avec vue imprenable et surtout le plaisir de jaser avec notre hôtesse au passé complètement hallucinant à découvrir. Bref, ce n’est pas facile la vie de coopérante internationale! J’avoue avoir été un peu déçue sur le coup de tout ce luxe, mais après plusieurs jours d’intestins refusant mon choix de venir à Madagascar, mon idée à ce sujet a bien évolu

Au souper, nous revenons sur la journée. Les mots du jour des éducatrices tournent autour des thèmes du souvenir qui se forge, du rêve réalisé, de la conscience de la réalité malgache en passant par le choc du paradoxe entre le monde moderne en émergence face à la pauvreté omniprésente. Elles sont emballées, chamboulées, émerveillées.

Elles sont présentes.

Demain, elles entreprendront la planification des activités à réaliser avec les enfants.

Plus qu’un jour avant de rencontrer les enfants du centre.

Ça s’en vient!!!