En émerveillant l’enfance à Madagascar


En émerveillant l’enfance à Madagascar

Il est 7h30 du matin, les éducatrices québécoises préparent leurs maquillages de circonstance. On attache nos souliers et partons à pied sur les routes de Madagascar. Direction : le centre d’accueil Sandratra.

Sur la route, elles jacassent, elles babillent, elles s’excitent. Au lever du soleil, le moment est surnaturel.

Vingt minutes plus tard, les voilà accueillies par 80 enfants curieux et enjoués. Plusieurs se souviennent des éducatrices de l’an dernier et des moments incroyables qu’elles leur ont fait vivre. Ils sont donc conscients du plaisir qu’ils ressentiront durant les trois prochains jours. Pour les autres, le mot a circulé. It’s the place to be!

Pour les grands, la gêne se dissipe rapidement. Les chansons et l’activité de la balle de laine font leur job de rassemblement. Ces enfants ont une famille, des amis, une stabilité de vie. Ils ont de la place dans leurs petits cœurs pour partager leur joie l’espace d’un instant.

Pour les petits de 2 ans, la tâche ne sera pas si simple. On se méfie, on étudie, on se donnera un petit peu…et on recommencera le lendemain. Ces enfants vivent au centre d’accueil à temps plein, souvent abandonnés par leur famille et recueillis par Mme Éléonore et Florence jusqu’à leur adoption. Les visages changent autour d’eux. Dès qu’ils s’attachent, il est déjà temps de voir les gens aimés s’éloigner, et ce, jusqu’à la rencontre de leur nouvelle famille, vers l’âge de 3 ans. La directrice du centre fait tout son possible pour éviter ces bouleversements, mais le sort des nounous dans le contexte économique précaire de Madagascar échappe souvent à son contrôle.

Il est donc préférable que les petits ne s’attachent pas trop aux éducatrices, qu’elles transmettent aux nounous tous leurs savoirs dans un laps de temps limité. Les jeunes femmes ne sont pas là pour se frayer une place dans le cœur des enfants et partir ensuite avec celui-ci. Elles sont là pour transmettre des méthodes afin d’émerveiller leur enfance remplie de petits nœuds. Elles sont là pour donner des trucs aux nounous pour défaire tranquillement ces petits nœuds.

Pour ce qui est des bébés, ils seront câlinés, soignés et stimulés avec effervescence. Du tapis d’éveil, aux mobiles, aux chansons, en passant par les massages, tout y passera. Pas l’temps de niaiser ! Les nounous profitent de ce doux répit pour observer et comprendre leurs techniques.

Après le dîner, le 2e groupe d’enfants scolaires vient faire son tour et toute la panoplie d’activités planifiées par nos éducatrices reprend de plus belle, et ce, jusqu’à notre départ vers 15h00.  Sur la route du retour, elles adaptent déjà leur 2e journée à la réalité vécue, particulièrement concernant les activités à prévoir lors des temps d’attentes vécus pendant le lavage des mains.

Peu avant le souper, nous effectuons un retour. Les organisatrices veulent valider les apprentissages des éducatrices, et moi, eh bien, il me faut du contenu pour mon reportage qui ne s’écrira pas tout seul!

Alors les apprentissages vont comme suit :

  • Maude : Découverte de son amour pour les enfants de 18 mois, elle qui croyait n’être géniale qu’avec les grands.
  • Gabrielle : La langue n’est tellement pas une barrière avec les enfants !
  • Marjorie : C’est l’honnêteté des enfants qui l’a marqué. Elle a ainsi pu récupérer un objet précieux à ses yeux alors que l’enfant aurait pu faire vivre sa famille pendant une longue période en vendant l’objet à un marchand.
  • Sarah-Jane : Sans barrières ni interdits, les enfants sont si débrouillards et imaginatifs. Elle se sentait au top de ses forces, mais ils lui ont tellement appris !
  • Valérie M : Elle a été marquée par le fait qu’au Québec, c’est tellement facile de changer une couche. Ici, de par le manque d’eau, chaque mouvement de cette routine est un obstacle. Les nounous travaillent si fort pour assouvir les besoins de base.
  • Noémie et Amélie P : Les enfants sont débrouillards, apprennent vite et à l’écoute. Ils réussissent à tout recréer avec si peu, tout en restant très heureux. Ils ont appris en quelques secondes à réaliser des bracelets. Imaginez le reste !
  • Valérie S. : Elle a pris confiance en elle sur ses capacités avec les poupons en prenant le temps de passer du temps avec eux.
  • Amélie G : Elle s’est découvert une très grande facilité à entrer en contact avec les tout-petits, ainsi que beaucoup de débrouillardise
  • Carol-Ann : Elle est ébahie par la beauté des filles en action, car elles ne se sont jamais vu travailler. Elle a aussi été marquée par le bonheur authentique des enfants malgré leurs histoires de vie rocailleuse.
  • Valérie C. : C’est la découverte de ses propres capacités à redonner de la flexibilité dans les mouvements de l’enfant présentant des troubles moteurs.

Aujourd’hui, tout le monde était à sa place et a su démontrer à quel point leur métier était précieux pour le développement des enfants.

Elles ont appris pendant 3 ans à aimer l’enfance.

Le 6 juin 2016, près d’Antananarivo, elles sont devenues éducatrices.

Et ce n’est que le début !